information touristique
L'Agadir d'Amtoudi à Guelmin
Il semblerait que le peuplement de la vallée / oasis d'Id Aïssa date de la fin du moyen âge. Deux branches issues de la tribu des Aït Herbil ( douar toujours important, situé au débouché du cañon de Smougen à l'est d'Amtoudi. ) sont venues s'installer dans la gorge d'Amtoudi.
Il y avait déjà des constructions ainsi que des traces d'une occupation primitive du tertre comme nous l'indiquent les frises de gravures rupestres. Il y a d'autre part six autres agadir (pluriel igoudar) construits sur les falaises du cañon, dont celui d'Aglouy toujours de fière allure. Les autres sont en ruines. Leur fonction était peut-être une juste répartition des ressources hydriques, ainsi qu'une surveillance de leur utilisation .
Comme vous le constater, la vue, imprenable, permet de surveiller, au sud, la plaine dAday. Au fond on aperçoit la barrière du jbel Bani, dernier rempart avant le pré-sahara et la hamada du Draâ : longue et mince, telle un rempart, cette montagne, dressée face au désert, hérissée de roches noires et luisantes, entaillée de cluses étroites, semble la muraille extrême des villages et terroirs ; chaque fente de la montagne braque ver le sud un vieux château fort aux ruines énormes, dominant les villages et leurs fragiles palmeraies étendues sous la garde autrefois vigilante de ce « limes » berbère ; in « greniers citadelles au Maroc » par DJ JACQUES MEUNIER.
De tous temps les hommes ont utilisé les passages Nord-Sud
Le grenier collectif d'Amtoudi reste comme un des mieux conservés sur les contreforts sud de l'Anti-Atlas. Dans le cadre des greniers citadelle il avait une fonction de préservation des richesses et une fonction défensive. L'orientation vers le S semble affronter les assauts du désert, les marées d'errants, venant depuis des siècles, selon un cycle immuable déferler à la lisière de la montagne (ibid).
Protection des richesses ( ancêtre de notre salle des coffres) :
Il y a 73 cellules ou « chambres »destinées aux familles d'Amtoudi. Quelques chambres étaient cependant réservées à un groupe tribal d'Ifrane, les Ida Ouslam. L'attribution d'une chambre est définitive. Si une famille souhaite abandonner son droit, elle remet sa clef au gardien attitré. L'utilisation, le fonctionnement au quotidien de cette « banque » sont gérés par le droit coutumier. Pour le cas de cet agadir, c'est la charte écrite par les représentants des ayant droits qui fait loi. Cette charte est malheureusement disparue aujourd'hui.
On y conservait la nourriture ( céréales, carottes séchées, dattes, noix d'argan, amandes et fruits secs, beurre fondu, miel et l'huile d'argan). Les outils et ustensiles conservés dans la chambre musée donnent une idée du contenu de chaque chambre. On y remisait également les titres de propriétés et les documents officiels de la famille, écrits sur des tablettes en bois de laurier ou sur papier roulé dans des roseaux. Il arrivait aussi que des poteries serties dans les murs et rebouchées par de l'argile contiennent des bijoux.
Les chambres sont toutes différentes, il n'y a pas un seul modèle. La surface est identique ainsi que la taille des portes mais l'aménagement intérieur est laissé à la responsabilité de la famille. C'est pour cela que vous allez découvrir des « coffres » différents.
Pour utiliser sa chambre il fallait se présenter à la porte. Le gardien ouvrait l'huis principal et accompagnait le propriétaire jusqu'à sa chambre. Le propriétaire avec sa propre clef faisait ensuite ce qu'il avait à faire. Si il y avait un deuxième visiteur celui-ci attendait son tour.
Utilisation collective et défensive
Outre les chambres, l'agadir comporte 3 citernes ( on peut voir encore les petites séguias chargées de récolter l'eau des écoulements naturels, ainsi que des filtres/regard qui devaient retenir la terre et les petites pierres avant que l'eau ne pénètre dans la citerne ). On trouve aussi une petite place faisant office de souk ( c'est là que s'effectuaient les trocs et ventes des familles ), une salle de prière, une cuisine, trois tours de garde, deux portes/ chicanes avant la porte principale.
On peut voir enfin, à l'extérieur et en amont du tertre, les traces des fours à chaux. On fabriquait sur place cet enduit destiné à imperméabiliser les séguias ainsi que les citernes.
Quand il y avait guerre tribale assortie de razzias, toute la population montait se protéger à l'agadir. On emportait également le bétail pour l'abriter des convoitises ennemies.
Cet entrepôt de la zone pré-saharienne est tout ensemble agricole et pastoral, l'espace y était prévu pour abriter en cas de péril, à la fois récoltes, bêtes et gens (ibid).
Une campagne de préservation est en cours. Le climat semi-désertique avec sa sécheresse endémique, le vieillissement des maâlems ( compagnons bâtisseurs) ; donnent une idée des difficultés rencontrées pour la préservation de ce patrimoine unique au monde.
En parlant de votre visite autour de vous , vous contribuerez à le maintenir vivant.
© Georges ROY ; Amtoudi , été 2005
Téléphone :